20 ans de l’Apere: bilan et perspectives… Rayonnantes !

L’ambiance était au beau fixe aux 20 ans de l’Apere à l’ULB le 12 mai 2011. On a parlé énergies renouvelables, bien sûr, mais aussi réseaux, pic du pétrole, transition, coopératives citoyennes, éolien, biogaz, territoires… Bref, on a marché avec nos deux pieds: le conceptuel et le concret. Ensuite on a dansé! Bon anniversaire, l’APERe!


Les 20 ans de l’Apere, le 12 mai dernier, c’était tout d’abord un colloque à l’ULB. Madame Loyal, alias Nathalie Gilly, a d’entrée de jeu situé les énergies renouvelables (ER) dans leur perspective historique: il y a 20 ans, le constat était que « les ER, ça existe ». Il y a 10 ans, on découvrait que « les ER, ça marche ». Et à présent, « les ER contribuent », au mix énergétique, et aussi aux aspects socio-économiques. Mais va-t-on enfin les sortir de leur niche ? Qu’est-ce qui coince et comment avancer ?

Michel Huart, quant à lui, avait entendu le matin même à la radio que le GIEC invoquait la nécessité d’atteindre 100 % de renouvelables en 2050. « Les membres du GIEC, ce ne sont pas des petits rigolos. C’est possible, mais le problème, c’est l’inertie, la difficulté de changer le système. D’où l’importance de planifier la transition énergétique ».
Cela implique de rendre le passage aux ER :

 possible (réglementation, infrastructures, formations, recherche et développement)

 viable (fiscalité, prix de l’énergie, mécanismes de soutien, investissements dans les infrastructures)

 de l’accompagner et de le faciliter, par des objectifs, indicateurs, etc.
Sa présentation en ligne sur le site de l’Apere.

Un enjeu important est l’intégration des ER dans les réseaux. Francis Ghigny, président de la CWaPE nous a parlé stockage et distribution mais aussi « smart grids » (réseaux intelligents). La mise en commun des ressources est un enjeu sociétal crucial, et ce d’autant plus qu’on souhaite décentraliser la production d’énergie, via les ER. Il va falloir que les consommateurs finaux apprennent à consommer au moment où la production augmente. Il va falloir aussi tenir compte du rapport coût-bénéfice: faut-il agir sur les réseaux, ou mettre des compteurs intelligents chez les gens ? Selon Francis Ghigny, l’objectif de ces dernier est commercial, pas environnemental. Il risque surtout d’embrouiller les consommateurs dans une nuée de tarifs « sur mesure » rendant les comparaisons hasardeuses. Sa préférence va donc à l’amélioration des réseaux. C’est pourquoi la CWaPE a créé le groupe de réflexion REDI qui étudie ce qu’il convient de mettre en oeuvre pour aboutir à 30 % d’ER en Wallonie en 2030 (objectif consensuel pour l’ensemble des acteurs, Edora considérant qu’on peut arriver à 40 % . La fédération des producteurs d’énergie renouvelable se doit évidemment d’avoir une position en pointe).
Sa présentation en ligne sur le site de l’Apere.

Après les réseaux, quid de l’impact du prix des énergies conventionnelles sur les ER ? Patrick Brocorens, président de l’ASPO Belgique (association pour l’étude du pic du pétrole et du gaz) nous parle du pic du pétrole. Certes, ce fameux « pic » est en réalité un plateau qui s’étale au fur et à mesure que l’on trouve de nouveaux gisement, mais on constate qu’il finit par fléchir à partir du moment où, à l’échelle d’une exploitation, d’un pays ou du monde, les nouveaux gisements ne parviennent plus à compenser la diminution de production ou le tarissement des anciens. Le pic-plateau est en dents de scie, selon les périodes de vaches grasses ou maigres qui font chuter ou croître la demande de combustible et avec elle, leurs prix. On peut tenir le même raisonnement pour d’autres combustibles, mais le pétrole est celui qui est le mieux documenté, y compris par les compagnies pétrolières elles-mêmes. Le prix du pétrole conditionne fortement le développement des renouvelables. Mais au-delà du signal-prix, la prise de conscience planétaire que peu ou prou, le pic du pétrole est atteint, peut avoir pour effet d’accélérer les processus de transition. D’où l’intérêt pédagogique de cette représentation.
Sa présentation en ligne sur le site de l’Apere.

Les processus de transition, parlons-en ! Avec Pierre Stassart qui enseigne la théorie de la transition et le « transition management » à l’ULG et à l’UCL. Cette théorie est heureusement très pratique. Elle introduit les débats de l’après-midi sur les coopératives citoyennes, après lesquels Pierre Stassart revient tirer des conclusions concrètes, illustrant ainsi l’utilité de ce canevas de « transition management ».

Tout d’abord il nous explique que les systèmes sont stables, ce qui induit l’irréversibilité de processus, tels que les fameux claviers AZERTY et QWERTY, créés pour éviter que les marteaux des machines à écrire ne s’emmêlent. A l’heure du numérique, Azerty et Qwerty sont toujours là !

Pierre Stassart nous rappelle également que l’innovation n’est pas que technologique. Elle est aussi sociale. A l’inverse, l’irréversibilité est le résultat d’une combinaison de normes sociales, de connaissances, de réglementations, de politiques… Le régime est solide car il repose sur l’interdépendance socio-technique. Ce n’est donc pas le fruit d’un « complot » ! Il comporte des variations mais qui vont toutes dans la même direction. La stabilité est utile mais elle est aveugle au changement. On peut changer cet état de fait en agissant à différents niveaux : les innovations de niche doivent pouvoir influencer l’ensemble du système, avec l’aide de l’institutionnel. Celui-ci doit d’abord protéger les niches des pressions du marché, puis promouvoir largement leurs pratiques. Dès lors, soit le régime absorbera les changements et se transformera, soit un nouveau régime se mettra en place. Pour faire sauter le plafond de verre, il faut donc une convergence des initiatives bottom up et top down
Sa présentation en ligne sur le site de l’Apere.

Peut-on gouverner le changement ? Non, mais on peut l’influencer, il y a des fenêtres d’opportunité qui deviennent parfois des obligations (Fukushima par exemple). L’idée d’agir localement en pensant globalement sera immédiatement illustrée par les interventions de Bernard Delville qui nous présente Rescoop, fédération des coopératives citoyennes de production des ER. Isabelle Poncelet, députée provinciale du Luxembourg, nous présente une importante étude commanditée par le GAPPER, groupe des acteurs provinciaux pour la planification des ER. Il s’agit d’une cartographie élaborée des sites possibles pour l’installation d’éoliennes dans la province, qui fait désormais autorité auprès de toutes les parties prenantes.
Sa présentation en ligne sur le site de l’Apere.

Véronique Huens de SAW-B présente une étude sur les initiatives citoyennes d’économie sociale. Divers projets sont présentés en vidéo. Une table-ronde permet à Triodos d’entrer en scène, mais aussi de présenter le GAL ( groupe d’action locale) du pays des Condruzes. Son représentant, Benoît Noël, trouve qu’on parle un peu trop exclusivement de l’éolien, et présente l’approche du GAL concernant le biogaz. Les agriculteurs sont assis sur un tas d’or, qu’ils appellent « fumier » ! Au niveau local on comprend bien l’intérêt de la démarche. Pour Triodos, la préférence au financement de l’éolien et du solaire s’explique par les polémiques véhiculées par la biomasse (cf le débat global sur les agrocarburants).

Bernard Delville rappelle fort à propos que les ER impliquent la décentralisation, y compris celle de l’argent, et la relocalisation, afin de retrouver la maîtrise de nos territoires et de nos modes de consommation. Il n’y a plus d’un côté les producteurs et de l’autre les consommateurs, mais une convergence de ces pôles vers une économie contributive, une nouvelle architecture sociétale, nécessaire aussi pour le foncier. Le problème c’est la mise de départ. Mais l’épargne des Belges, cela représente des milliards ! Que les pouvoirs publics ouvrent le chemin et empêchent que les projets d’ER soient détournés par le privé… A tous les niveaux, l’action publique peut faire la différence, comme le constate Isabelle Poncelet, au vu de la manière dont les communes s’emparent – ou ne s’emparent pas – de l’outil mis à leur disposition par le GAPPER. La Région wallonne doit à présent prendre le relais de ce maillon provincial qui n’a qu’une force de persuasion.

Laissons le mot de la fin à Associations 21 : c’est qui, les communes ? Au fait, les élections communales, c’est en 2012 ! Il est temps que le monde associatif s’empare des outils mis à sa disposition – étude du GAPPER mais aussi l’expertise de l’APERe et sa charte que désormais les particuliers peuvent signer – pour promouvoir les ER à tous les niveaux.

IEW nous rappelle fort à propos que la sortie du nucléaire n’est pas l’affaire des experts mais un enjeu de société (« Le risque nucléaire, une question de société, pas d’experts ! »). Or l’exigence d’une sortie du nucléaire se heurte souvent à l’objection « qu’autrement, on n’y arrivera pas ». L’APERe nous donne les moyens de répondre que les ER, c’est possible, ça marche, mais c’est surtout beaucoup plus maîtrisable que le nucléaire, y compris par les citoyens au niveau local.

Reste l’enjeu de considérer ce défi à l’aulne des plus défavorisés, ceux-là mêmes qui n’ont pas les moyens d’investir dans les économies d’énergie. Alors investir dans les ER, vous n’y pensez pas… Si si, on va y penser justement, nous proposons même de planter cette réflexion au centre des travaux du nouveau GT énergie d’Associations 21 !
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By | 2017-11-03T20:50:54+00:00 mai 19th, 2011|Categories: On y était !|Tags: , |0 Comments

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