Climat, ressources naturelles, taxe carbone

PV de l’échange croisé « Climat, ressources naturelles, taxe carbone » qui a permis à différentes organisations de croiser leurs expertises, non seulement sur les thèmes précités mais aussi sur les agrocarburants et le multilatéralisme.
Avec en pdf, la note de positionnement sur le climat, compilant les positions du CNCD-11.11.11 et celles d’Oxfam Solidarité, rédigée par Brigitte Gloire, en vue de Cancun.


Intervenantes: Brigitte Gloire (Oxfam Solidarités), Pauline de Wouters (IEW), Véronique Rigot (CNCD-11.11.11), Antoinette Brouyaux (Associations 21).
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Introduction

Tandis qu’un positionnement des associations francophones reste nécessaire en termes de plaidoyer pour le climat, les ressources naturelles s’invitent dans nos agendas déjà bien chargés (cf nouvel axe de campagne du CNCD-11.11.11). Par ailleurs, IEW a lancé également en juin 2010 un pôle de compétences « taxe carbone »…

D’où l’intérêt d’un partage d’informations stratégiques :

 1.en vue de la prochaine Conférence des parties sur le climat à Cancun (décembre 2010)

 2.pour savoir en quoi va consister la nouvelle campagne du CNCD

 3.avoir un écho des travaux du pôle de compétence « taxe carbone » d’IEW

— > constituer un who’s who de qui travaille sur quoi.

A propos du marché du carbone :
Brigitte Gloire interroge un participant à l’échange pour savoir qui il représente exactement.

Sven Aerts : est un lobbyiste actif sur le marché du carbone. Sa société, Africa CO2, génère des certificats CO2 en Afrique. Il constate qu’en la matière, les ONG ont des connaissances très pauvres et se font manipuler, en faisant un amalgame entre les permis de polluer et les VER qui sont un outil très fort. Selon lui, depuis 2005, l’acte de planter un arbre, produit de l’argent –> économie durable. En critiquant ces VER on fait le jeu des producteurs d’énergie fossile.

Brigitte Gloire : c’est effectivement une discussion à avoir, mais pour ce faire, il faudrait fixer un autre RV, avec des représentants du secteur associatif non marchand spécialisés dans cette matière.

Contact sera pris, Sven Aerts s’en va. L’incident est clos.

Climat : panorama des acteurs associatifs

En annexe: note « climat » de Brigitte Gloire compilant les positions du CNCD-11.11.11 et d’Oxfam Solidarité. position_climat_oxfam_sol_ec_assoc21-2.pdf

Qui mobilise ?

La Coalition climat regroupe 70 associations mais malgré qu’il y ait eu des demandes de travailler aussi sur les aspects plaidoyers, côté fédérations d’environnement et syndicats, la difficulté de parvenir à un plaidoyer commun a conduit la Coalition Climat à se limiter à l’organisation commmune de mobilisations et manifestations, sur base d’un socle commun consensuel. C’est tout de même une coalition importante en termes de représentativité. A ce propos, la prochaine manifestation, à Bruxelles le 28 novembre, sera chantante!

Où discute-t-on ?

Au Conseil Fédéral du Développement Durable (CFDD), les associations sont autour de la table avec des représentants du patronat, des syndicats et des scientifiques. Elles se concertent et sont bien informées des positions des uns et des autres.

Il existe un groupe climat en Flandres, dont certains acteurs sont nationaux comme Oxfam Solidarités et Greenpeace, assurant le lien avec les francophones mais il n’y a pas de réseau francophone formel de lobbyistes pro-climat. Ce n’est pas absolument indispensable, on se connaît, on se voit dans divers lieux de débats. Mais c’est la raison pour laquelle Associations 21 avait créé un groupe climat en 2008. Les positions des associations francophones ne sont pas nécessairement différentes des positions des associations néerlandophones, sauf qu’au sein du Vodo, certains défendent le marché du carbone (e. a. des chercheurs de la KUL actifs par ailleurs dans des assoc…)

Que revendique-t-on ?

Les ONG nord-sud et environnementalistes, constatant l’injustice climatique, se sont rejointes pour pousser ensemble à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les pays de l’annexe 1 (du protocole de Kyoto; cette annexe vise les pays industrialisés). La Belgique soutient une réduction de 30 % des émissions mais à terme, il faudrait 40% ; la quote-part de l’UE devrait être 44 %.

Réduction : oui, mais laquelle ?

Il faut principalement un réduction interne des GES, soit au minimum ¾ de réduction sur le territoire européen et ne recourir aux achats de crédits d’émissions, ne faire appel aux mécanismes de développement propre (dans le sud) que pour 25 %. Certaines organisations veulent même abandonner ou au moins revoir complètement les CDM (clean development mecanisms), c’est le cas notamment des Amis de la Terre et du Climate action Network : en tout cas limiter les CDM qui ont parfois fait pire que mieux. Il y a là à tout le moins matière à débat.

Adapter : oui mais comment ?

L’adaptation vise ceux qui en ont le plus besoin. C’est pourquoi, il faut lui redonner la priorité dans les 3 années qui viennent, car pour l’instant tous les fonds climat vont dans l’atténuation (via e.a. CDM), soit dans les adaptations technologiques industrielles, surtout en Chine, Inde et Brésil. L’adaptation doit respecter toutes les exigences de bonnes pratiques de développement durable et être gérée dans un cadre multilatéral, et non via la Banque Mondiale ou le FMI. Il faut que tous les pays aient une voie égale, que la société civile ait son mot à dire (actuellement c’est surtout « top down »).

Les ONG nord-sud veulent surtout que ces aides soient additionnelles aux aides publiques au développement –> plaidoyer en faveur de l’additionnalité pour lequel on a obtenu des avancées de Charles Michel (qui était contre au début).

Qui paie et pour quoi faire ?

Les Fast start financements sont des financements rapides pour lesquels tous les pays industriels se sont engagés à Copenhague, soit 30 milliards $ dont 1/3 pr l’EU, soit 2,4 milliards € par an pr l’UE.

Les ONG demandent aussi des mécanismes innovants pour générer des fonds (cfr positions sur la taxe carbone), et de faire participer le secteur maritime et l’aviation qui est scandaleusement exemptée de taxes. Le produit de telles taxes devrait être dévolu pour moitié aux pays où la taxe est levée (reconversions des entreprises et des travailleurs), et pour moitié aux pays en développement (½ climat, ½ OMD). C’est là que ça bloque. Il faut aussi lier le financement aux réductions effectives d’émissions de GES.

Les mécanismes REDD visent la conservation des forêts primaires mais le fait de payer les pays où se trouvent ces forêts peut aussi avoir des effets pervers, c’est pourquoi les financements REDD ne peuvent provenir du marché du carbone (en tout cas pas dans l’immédiat) et le reboisement doit respecter des critères de durabilité. Là, les ONG s’opposent fortement aux vendeurs de crédits de carbone.

Les ONG demandent aussi que les financements (entre 100 et 200 milliards $) soient publics.
Selon l’UE, ce n’est pas possible, il faut un marché du carbone. Selon les ONG, il faut un socle public pour garantir l’équité (avec le marché, les fonds ne vont pas nécessairement là où on en a le plus besoin). Il ne peut y avoir d’accord climat sans contrainte à ce niveau là.

Quel lien avec l’agriculture ?

Jusqu’à présent, il était peu question d’agriculture dans les discussions sur le climat. Or ce secteur prod 1/3 des émissions globales. S’ajoute à cela l’enjeu des agro-carburants (la production alimentaire doit rester prioritaire pour subvenir aux besoins des humains). Ces dernières années, Via Campesina et d’autres mouvements sociaux ont fait des propositions d’alternatives en montrant que l’agriculture durable apporte des solutions en gérant et en préservant les ressources naturelles, en réduisant les émissions de GES et en adoptant des pratiques plus durables (moins polluantes, plus équitables…), parallèlement à des changements de consommation qu’elle accompagne au nord.

Les politiques agricoles et climatiques doivent donc changer de concert, cfr le problème de l’accaparement des terres (partout dans le monde mais surtout au sud), pour produire notamment des agro-carburants.

CNCD-11.11.11 : présentation de la campagne « Climat et ressources naturelles »

Le CNCD-11.11.11 rassemble 74 organisations dont des ONG de développement, des syndicats, des mouvements d’éducation permanente (migrants…)

Prochaine campagne : climat et ressources naturelles, ce qui inclut la gestion de l’eau, des forêts, des sols… Vu le champ d’action, il s’agit tout d’abord de bien cerner qui fait quoi et à quel niveau.

En faisant le who’s who, on voit que tous les secteurs d’activité sont concernés et que les enjeux sont au coeur de l’actualité. Les organisations membres témoignent d’un intérêt certain pour la gestion des ressources naturelles.
La préparation de la campagne progresse de façon coordonnée et cohérente entre les dynamiques de plaidoyer d’une part et d’éducation/sensibilisation d’autre part (activités plus séparée FR/NL étant donné les publics différents).

Plaidoyer : différentes dynamiques nationales

 Climat : groupe N/S climat au niveau national, incluant le CNCD-11.11.11, 11.11.11, Vodo, Oxfam, et un groupe N/S+ envt (avec Greenpeace, IEW et WWF,… (cfr supra)).

 Eau et développement : Rés’Eau –> Protos, Green, Euracmé, Ingénieurs Sans Frontières, Objectif Eau, Oxfam, etc. Revendications : la mise en oeuvre de fonds de solidarité internationale sur l’eau; les discussions sont en cours à Bxl, un 1er appel à projet vient d’être lancé en Wallonie. La société civile souhaite aussi voir inscrit le droit à l’eau dans la constitution belge. Un colloque « Eau, bien commun », est organisé fin octobre sous l’égide de la Communauté Française –> examen de la notion de bien commun sous tous ses angles + cas particuliers de l’eau sur les différents continents. Il s’agit en tout cas de refuser les mécanismes de marché pour les ressources naturelles vitales.

 Usage des terres/agriculture : avec la plate-forme Souveraineté Alimentaire (PFSA) et la Coalition contre la faim qui existent depuis plusieurs années –> mettre en évidence les liens entre agriculture et climat, la spéculation sur les titres fonciers, l’accaparement des terres, etc.

 Ressources naturelles : à ce sujet, et plus particulièrement concernant les ressources extractives en Afrique Centrale (minerais), un réseau belge coordonné par Justice et Paix, fonctionne depuis 3 ans avec Catapa, IPIS, etc., en contact avec le Réseau Ressources Naturelles en RDC –> mettre en évidence le lien entre extraction des ressources et conflits, la question de la responsabilité des entreprises actives dans ce secteur et la cohérence nécessaire entre les différentes politiques liées de près ou de loin aux ressources naturelles.

 Migrations et développement : la plateforme migration et développement coordonnée par le CNCD-11.11.11 va travailler sur le lien à l’environnement et il y a notamment le CIRé et la CNAPD qui développent des projets concrets à ce sujet dès maintenant.

 Financement et environnement : avec le CADTM, Oxfam, Eurodad et Concord.

Sensibilisation

Vu que l’enseignement et l’éducation permanente sont des compétences communautaires, la sensibilisation s’organise entre associations francophones via le LED, « Lieu éducation au développement », qui a pour mission de préparer des campagnes CNCD-11.11.11 et de coordonner les membres dans les activités d’éducation au développement pour assurer une cohérence d’ensemble.

Sont membres du LED : Universud Liège, Asmae, CADTM, Dynamo, EEF, Monde selon les femmes, Oxfam sol et MDM, Quinoa, SLCD, SOS faim, CSC-RISE, Autre Terre, FDH, Ing sans frontières, Louvaindev, Memisa, peuples solidaires, Protos, SCI, Solidarité mondiale et solidarité socialiste.

Cette campagne se construit en commun avec 11.11.11, en tout cas pour la thématique et la coordination plaidoyer/ éduc-sensibilisation. On est en train de préciser les cadres (la commission politique du CNCD-11.11.11 a discuté le cadre de plaidoyer qui s’appuie sur les piliers de Bali –> atténuation/réduction des GES, adaptation, transferts technologiques, financements. L’idée est d’intégrer les préoccupations liées à la gestion des ressources naturelles dans le cadre de ces revendications globales.

Le LED propose de partir des modes de consommation pour montrer comment ils engendrent une (sur-)exploitation des ressources naturelles, des impacts environnementaux (dont des impacts sur le climat) et humains (sociaux et économiques, engendrant des inégalités).

Timing de campagne :

 De janvier 2011 à juin 2011 : finalisation du plaidoyer, organisation de la sensibilisation.

 Eté 2011 : lancement de la campagne elle-même –> printemps 2012 –> Rio + 20 puis 2ème phase jusque fin 2012, voire printemps 2013.

IEW: présentation du pôle de compétence « taxe carbone »

IEW, quand c’est nécessaire, fait appel à des compétences externes pour affiner son expertise : acteurs associatifs, universitaires, syndicalistes… Sur base des travaux de ce « pôle de compétence », un projet de position est rédigé, qui est ensuite discuté en « conseil associatifs » avec ses associations membres pour ensuite être validé par le CA d’IEW.

Contexte pour en créer un sur la taxe Carbone :

 Le secrétaire d’état à la fiscalité environnementale Bernard Clerfayt a suggéré une telle taxe en prévoyant de baisser les charges fiscales sur le travail et en augmentant parallèlement la fiscalité énergétique actuelle mais de manière assez faible, d’où le risque que ça ne change rien.

 Le Ministre Paul Magnette a demandé un avis du CFDD sur le signal prix CO2.

 Au niveau européen c’est aussi un sujet d’actualité –> directive qui fixe des taux minimum de taxation assez faibles, qui ne prennent pas en compte la dimension environnementale. Dans le cadre de la révision de cette directive, il fut discuté d’intégrer une taxe carbone au niveau européen, avec notamment des exemptions aux secteurs dits « sensibles » (agriculture, ménages à bas revenus, etc.)

 De plus deux états membres au moins (Grande-Bretagne, Allemagne) ne sont pas d’accord, or toute décision fiscale au niveau européen (et donc ce genre de directive sur la fiscalité) nécessite un consensus –> après discussions, il fut décidé de réaliser une étude d’impacts (en cours) sur la proposition, proposition « encommissionnée ».

Constatant le manque d’outils d’analyse et le fait qu’en Belgique, la fiscalité énergétique est plus faible que dans les pays voisins, IEW a organisé une rencontre fin juin à laquelle ont participé des syndicats, divers experts et certaines de ses associations membres. Après une mise à niveau, le débat s’est focalisé sur différents points pour lesquels on n’a pas pu trancher : quels objectifs poursuit-on ? Quid des objectifs sous-jacents tels que la réduction de la consommation ? Quel taux de base ? Minimaliste ou ambitieux mais avec risques de pénaliser les plus défavorisés ? Quelle base fiscale ? Quelle prise en compte de l’analyse du cycle de vie des produits ? Va-t-on exempter certains secteurs ? Quid des ETS (emissions trading systems) ? Va-t-on exonérer les pauvres ? Ou décide-t-on qu’il ne faut pas exempter car il faut un signal prix, éventuellement à compenser (en aval) ? Et finalement, met-on cette taxe sur les produits ou sur l’énergie ? Le pragmatisme va vers une taxation de l’énergie car avec les produits, c’est plus compliqué.

A ce stade, le document reprenant toutes les hypothèses est parti chez les membres, on collecte les réponses. Les syndicats sont encore en réflexion, ils ne peuvent donc avancer de position.

Au CFDD, syndicats, ONG environnementales et ONG Nord/Sud étaient d’accord entre elles et contre l’avis des entreprises –> pas d’avis commun mais quelques points de consensus :

 1.La taxe carbone doit faire partie d’une combinaison d’instruments.

 2.Objectifs sous-jacents au paquet énergie / climat

 3.Soutenir la compétitivité des entreprises

 4.S’inscrire dans la perspective d’une transition juste.

 5.Le montant doit être défini de manière à refléter les coûts externes.

Ce sur quoi les partenaires sociaux n’étaient pas d’accord :

 1.Le niveau de perception. Pour les ONG, au plus haut, au mieux –> mondial si possible, en tout cas européen.

 2.Logique environnementale d’une telle taxe v/s but de renflouer les caisses de l’Etat

 3.Utilisation des recettes pour compenser les effets négatifs sur certains secteurs : pour le patronat tout doit revenir aux entreprises.

 4.Les entreprises voulaient qu’on se limite à taxer les émissions de CO2. Syndicats/ONG souhaitaient une taxe basée à la fois sur le contenu CO2 et le contenu énergétique (augmenter la fiscalité énergétique actuelle vu qu’elle est plus faible que dans les pays voisins), de sorte à ne pas encourager des sources d’énergie non souhaitables qui n’émettent pas ou peu d’émissions de CO2 à l’instar du nucléaire.

 5.Application de la taxe sur les ménages : préoccupation des syndicats et ONG concernant les ménages défavorisés, que ne partageait pas le patronat.

 6.Les entreprises souhaitaient des exemptions pour les entreprises ETS et celles soumises à des accords de branche, syndicats et ONG étaient contre les exemptions pour celles-ci à moins que, pour les entreprises ETS, le système (ETS) soit réformé en profondeur (mise aux enchères maximale, instauration d’un régulateur des prix au niveau européen) de sorte à aboutir à de réelles réductions d’émissions de CO2.

Une fois les réponses des membres collectées, un avis sera rédigé et soumis aux instances d’IEW.
Les 4 fédérations d’environnement collaborent également à définir des revendications en matière de fiscalité environnementale dans un contexte d’austérité budgétaire (ce qui présuppose aussi de traquer, pour des motifs environnementaux et budgétaires, les subsides dommageables à l’environnement).

Réactions :

Michel Huart (Apere) : il vaut mieux une taxe sur les produits en fonction de leur poids énergétique. C’est vrai que c’est plus compliqué mais au moins, les entreprises sont alors sur pied d’égalité. Si la taxe porte sur l’énergie, les entreprises sont incitées à aller ailleurs. Sur les produits, le lieu de production est pris en compte. Cfr Facteur X, Frédéric Chômé et l’empreinte écologique qui prend à présent en compte la consommation. On pourrait imaginer de labelliser les produits A,B,C,D,E, comme pour la classe énergie.

Marc Gilson : Etopia a aussi planché là-dessus –> proposition d’une labellisation qui regrouperait tous les labels; chaque label pourrait organiser la pondération dans sa liste…

Brigitte Gloire : cfr l’éternel débat labels v/s standards européens plus forts et ce qui se passe avec le commerce équitable –> la labellisation qui implique un choix volontaire du consommateur, n’est pas la meilleure option. L’UE a choisi de mettre en place des critères de durabilité. Trouver un système applicable à l’ensemble des produits est une gageure mais on peut imaginer une TVA carbone.

Débat sur les agrocarburants

Michel Huart : fait le lien entre ce débat et l’appel proposé par les Amis de la Terre Europe (FEO) sur les « agrocarburants », et qu’Associations 21 a proposé à la signature de ses membres. Selon l’Apere, c’est un sujet complexe. On est dans une phase de transition. Les agrocarburants sont une partie de la solution mais pas l’ensemble. Il faut éviter les dérives.

Dans ce contexte, l’appel de FEO devrait commencer par faire référence à la nouvelle directive 2009/28. Des critères de durabilité se mettent en place en Belgique et dans d’autres pays. Pourquoi ne pas appliquer de tels critères de durabilité à l’ensemble des produits importés, biomasse ou autres ? Notons aussi que cette nouvelle directive aborde la question de la prise en compte du changement d’affectation des sols. C’est nouveau.

Brigitte Gloire :
cet appel demande surtout une réévaluation de la situation : en un an (2009), il y a eu 10 fois plus d’achats de terre qu’avant ! Dans quelle mesure cette évolution dramatique pour les paysans, est-elle due aux agrocarburants ? Il faut hiérarchiser l’utilisation des terres.

Marc Gilson : on ne devrait pas avoir le droit de produire des agrocarburants tant que des besoins alimentaires ne sont pas rencontrés. C’est pourquoi il faut viser le plus haut niveau de décision.

Brigitte Gloire : pour rappel, l’objectif européen est 10% de renouvables dans la consommation finale des transports (en biocarburants ou en électricité verte). De la même manière on peut hiérarchiser aussi les critères de production de protéines animales ou végétales.

Michel Huart : mais on va en arriver à des critères plus stricts pour les agrocarburants que pour l’alimentation. Actuelement on fonctionne avec 90 % énergie fossile. Demain, ce ne sera plus possible –> on va occuper les sols, si pas avec les agrocarburants, avec des panneaux solaires, etc.
Bref, il faut tout prendre en compte plutôt que de se focaliser sur les agro-carburants.

Brigitte Gloire :
cfr note CFDD de perspective biomasse –> plein d’infos utiles. Pourquoi ne pas adopter des critères de durabilité pour pour les agrocarburants d’abord, et ensuite, les appliquer ailleurs ? Les agrocarburants ont quand même participé pour moitié à l’augmention des prix en 2009.

Conclusion sur les agrocarburants :

Il est convenu de signifier aux Amis de la Terre Europe qu’Associations 21 se joint à l’appel tout en formulant des remarques à prendre en compte à l’avenir :

 1.Ajouter une référence à la nouvelle directive 2009/28 et dire qu’il faut réduire la consommation avant de parler d’efficience.

 2.Privilégier dès lors les infrastructures permettant de réduire la consommation de transports / de consommation d’énergie dans les transports (incitants à l’usage du train comme alternative à la voiture, voitures électriques plus petites, vélos électriques…)

 3.Prôner une taxe carbone dissuasive dans l’idée qu’il faut s’habituer à vivre avec une énergie plus chère.

 4.Considérer les agrocarburants dans une perspective globale visant toutes les formes d’énergie et l’usage des terres. Idem pour les critères de durabilité.
Appel FOE et réaction d’Associations 21 en ligne.

Autres réactions

Claire Mandouze : comment porte-t-on les revendications climat dans le dialogue Europe-Afrique ? Un sommet des chefs d’état est prévu en Lybie dans quelques semaines. Il y a toujours eu beaucoup d’hypocrisie dans les partenariats Europe-Afrique. Ainsi il était prévu pr chaque partenaire un groupe d’experts conjoints incluant la société civile. Mais en matière de changement climatique et d’environnement, on n’entend pas la société civile. Dans chaque pays, il y a des campagnes climat et des contacts avec des acteurs africains, mais ceux-ci sont peu outillés, peu informés et lobbyés par les vendeurs de droits d’émissions. Pour Copenhague, l’Algérie avait bien préparé la position des états africains. Puis l’UE a proposé une déclaration conjointe et là, ils ont enlevé tout ce que les Africains avaient comme revendication ! Appel donc à Oxfam et au CNCD : il faut dépasser la vision négative qu’ont les ONG de l’Union Africaine car les choses changent !

Thomas Eraly, Conseil de la Jeunesse : dans ce conseil pluriel, tous sont concernés par le souci d’éviter de reporter l’effort sur les générations futures et sur les jeunes (quand ils seront un peu moins jeunes). A présent que les négociations sur le climat sont bloquées se pose la question de la 3ème voie : faut-il être pragmatique et prôner un accord à tout prix, ou prôner la négociation multilatérale classique, qui prend du temps ? Ce n’est pas idéal quand quand 8 pays décident entre eux et imposent leurs vues mais au moins ça avance.

Brigitte Gloire : Oxfam défend le multilatéralisme même si ça prend du temps car celui-ci est attaqué de toutes parts. Comme pour la biodiversité, si on ne passe pas par le multilatéralisme, il n’y a pas d’équité, les plus forts imposent leur modèle, c’est déjà comme ça pour le commerce (OMC).
Il faut donc suivre la voie de la convention sur le climat –> conférence des parties, et en même temps, la voie des signataires du protocole de Kyoto. Ainsi les USA ont voulu balayer Kyoto pour avoir le moins de contraintes possibles. L’UE avait rallié ce point de vue mais s’accorde maintenant pour demander un second protocole de Kyoto élargi.

Véronique Rigot :
ainsi le G8 n’a pas de légitimité et dès lors leurs effets d’annonce sont rarement suivis d’actions. On peut montrer des exemples attestant que quand quelques pays décident entre eux, ce n’est pas nécessairement plus efficace, cfr son article bilan du G8 sur les questions environnementales, « G8 : inverser la vapeur pour le climat ! »

Brigitte Gloire : de même, certains aux Affaires Etrangères belges disent que Rio +20 est inutile, à nous de montrer pourquoi c’est important et urgent –> idée de créer un Réseau Rio +20, à l’instar d’une initiative française émanant de la Fondation pour le Progrès de l’Homme. Les 3 grandes conventions y seront en jeu : climat, biodiversité et désertification.
A noter également : il faudrait transmettre l’info sur la campagne du CNCD-11.11.11 au Réseau Idée qui ne fait pas encore partie du LED.

Antoinette Brouyaux : OK, à ce sujet, attention de garder dans les activités d’éducation/sensibilisation une ouverture d’esprit par rapport aux arguments et approches différentes –> libre examen, parfois plus efficace que le discours univoque (surtout pour les ados et les jeunes).

Brigitte Gloire : info sur le prix du pire lobbyiste anti-climat, on peut voter jusque fin novembre !

By |2017-11-03T20:49:46+00:00novembre 3rd, 2010|Categories: Echanges croisés|Tags: , , , |0 Comments

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