17 avril 2013: conclusions et recommandations

Le 17 avril, journée internationale des luttes paysannes, était le bon moment pour rassembler producteurs, transformateurs, distributeurs, associations et consommateurs autour de la question du commerce équitable local. Comment rendre le système alimentaire plus durable en garantissant un prix rémunérateur pour les paysans ? Vu les difficultés de ces derniers qui luttent pour leur survie, des citoyens et des associations se mobilisent à leurs côtés.


Conclusions bilingues à télécharger
La relocalisation de l’agriculture vise à augmenter l’implication et la participation des citoyens, dans une perspective de souveraineté alimentaire: il s’agit du droit des peuples à déterminer de façon démocratique leurs propres systèmes alimentaires dans le respect des humains et de l’environnement. La souveraineté alimentaire est une condition de la sécurité alimentaire. Une agriculture locale réduit notre dépendance aux combustibles fossiles et est donc plus durable.

Dans le contexte bruxellois, on met l’accent sur l’agriculture urbaine, mais celle-ci ne suffira pas à alimenter 1.100.000 habitants. Il faut donc des terres agricoles à proximité de la ville. Cependant, si l’on cherche une ceinture verte autour de Bruxelles, on trouve surtout une zone largement urbanisée. La relocalisation de l’agriculture doit donc être envisagée à l’échelle de la Belgique pour les produits de base.

Dans cette optique, citoyens et agriculteurs doivent également se réapproprier la nécessaire solidarité inter-régionale qui ne peut être envisagée uniquement au niveau institutionnel: les règles d’un commerce des denrées alimentaires équitable et relocalisé doivent tenir compte à la fois des contraintes des producteurs des régions voisines et de celles des consommateurs Bruxellois.

Parmi les consommateurs Bruxellois, les inégalités sociales sont flagrantes. L’alimentation durable est un défi encore plus difficile à relever pour les personnes dont les choix sont limités par le manque de revenus ou qui dépendent déjà de l’aide alimentaire. Le droit à l’alimentation requiert une attention spécifique pour ces publics.

Il y a aussi le problème des intermédiaires, qui accaparent une trop grande part de la valeur ajoutée, ne laissant qu’une petite fraction du prix payé aux agriculteurs qui fournissent la matière première. D’où l’enjeu des circuits courts, pour permettre un prix juste à la fois pour les consommateurs et les producteurs, tenant compte de leurs coûts de production et leur assurant un salaire décent. Ce que ce prix juste devrait couvrir mériterait d’être clarifié car à côté des coûts fixes et du salaire, il y a aussi les mesures agri-environnementales (en partie financées par des subsides), le coût du foncier, les charges sociales…

Faut-il pour autant faire fi de tous les intermédiaires? Certainement pas. Leur rôle est important pour permettre à l’offre et à la demande de se rencontrer: notamment pour des produits transformés (pain, huiles, céréales, produits laitiers…), consommés ponctuellement ou en quantités plus limitées.

Le problème est que globalement, les grandes chaînes de distribution en sont arrivées à faire la loi sur ce marché de l’offre et de la demande. A présent, un rééquilibrage des forces en présence s’impose pour permettre que consommateurs et producteurs renouent des liens durables, ainsi qu’une reconnaissance de la qualité différenciée. Celle-ci a trop longtemps souffert de la standardisation imposée par la grande distribution et des normes, certes nécessaires dans le contexte industriel, mais qui ont rendu la vie impossible aux petits producteurs.

Les agriculteurs audacieux qui respectent les critères LEF (local, écologique & fair) doivent être soutenus et accompagnés. La perspective pour l’ensemble de la société est que ces critères deviennent la norme générale. Tant qu’on se contentera de les considérer comme des produits de niche, il restera difficile de convaincre les agriculteurs conventionnels d’évoluer dans cette direction. Malgré tout, l’offre de produits locaux, écologiques et équitables se diversifie, grâce aux collaborations entre agriculteurs et ONG: charte Mondoh, charte Paysans du Nord (Oxfam Magasins du Monde)…

Les agriculteurs reconnaissent eux-mêmes qu’au sein de leur profession, les mentalités doivent évoluer, pour permettre plus de collaborations. Mais pour eux, le marché bruxellois présente un inconvénient majeur: la difficulté de l’accès.

Recommandations spécifiques aux autorités de la Région de Bruxelles Capitale

Comment résoudre ce problème logistique ?

-Par une autre approche globale de l’aménagement du territoire: il faut décloisonner les politiques d’aménagement du territoire et d’alimentation durable. Ainsi, on a déjà perdu énormément de terres agricoles à proximité de Bruxelles, à cause de l’urbanisation: celle-ci doit dorénavant mieux prendre en compte la nécessaire relocalisation de l’agriculture. Certaines villes dans le monde conjuguent mieux l’habitat avec la fonction alimentaire du sol: Bruxelles pourrait s’inspirer de ces exemples probants.

-En diversifiant les solutions: l’approvisionnement de la population bruxelloise devrait être garanti par des approches plus diversifiées que le seul parc des grandes surfaces commerciales. Il est toujours risqué de « mettre tous ses oeufs dans le même panier » (Cf. Carolyn Steel, « The Hungry city »). D’où un rééquilibrage nécessaire entre les circuits conventionnels qui fournissent la grande distribution d’une part, et les circuits courts de qualité différenciée d’autre part. Il en va de l’avenir de l’agriculture paysanne.

Concrètement:

 des marchés couverts réservés aux agriculteurs eux-mêmes faciliteraient le contact direct entre ceux-ci et les consommateurs.

 Les centrales d’achat et de distribution des produits fermiers devraient se multiplier à Bruxelles, notamment pour fournir l’horeca et les collectivités.

 Favoriser ainsi le commerce équitable local ne coûtera pas nécessairement très cher aux pouvoirs publics: des infrastructures existantes, comme les Abattoirs d’Anderlecht, mais d’autres également, plus méconnues, pourraient être valorisées, reconverties, réaffectées, dans le respect des procédures de consultation et de participation.

 Certes il existe le marché matinal et sa criée mais pour les producteurs dont les quantités à vendre sont limitées, le rapport de forces n’est pas en leur faveur. Le rôle de la criée devrait être mieux étudié.

Autres points d’attention à l’adresse des autorités régionales des trois Régions

Tous les citoyens, même les plus démunis, ont droit à une alimentation saine. Or, le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire augmente de manière constante et inquiétante. Les pouvoirs publics ont l’obligation de garantir la réalisation de ce droit. Des exemples dans les pays voisins montrent qu’il est possible de concilier cet objectif avec un soutien concret aux agriculteurs fragilisés

Les autorités des trois régions doivent promouvoir ou soutenir la promotion de produits à haute valeur nutritionnelle comme le chanvre ou le colza, qui constituent une alternative aux importations de protéines dont la production dans le Sud est synonyme de transports énergivores, de pollutions, déforestations, atteintes aux droits humains, etc.

Pour rencontrer la préoccupation du juste prix, il importe de considérer l’alimentation dans toutes ses dimensions: tant la santé que la production biologique et le prix équitable. Evitons d’isoler ce dernier critère car on ne convaincra le consommateur de payer un prix juste que s’il apprend à connaître et évaluer à leur juste valeur tous les autres critères également. D’où l’importance d’une communication claire sur ces divers aspects de l’alimentation durable.

Les organisations de la société civile actives dans ce domaine sont également face à des défis que les pouvoirs publics devraient mieux prendre en compte:

 Elles créent des initiatives qui permettent une plus grande résilience des populations

 Elles organisent des campagnes et actions qui sensibilisent l’opinion publique aux dérives et aux risques du système alimentaire dominant.

 Elles collaborent au-delà des frontières institutionnelles & linguistiques et établissent des ponts entre des secteurs traditionnellement fort cloisonnés.

 Bref, loin de se réfugier dans le mythe d’un autre monde possible, elles s’activent de 1001 façons à améliorer ce monde ci, sans candeur mais avec volontarisme.

 Ce volontarisme est miné par la précarité des emplois associatifs. Or la continuité est un enjeu important car la transition de la société vers un système alimentaire durable nécessite un travail dans la durée et une articulation fine des différentes expériences.

Rôle d’exemple des pouvoirs publics et enjeu des collectivités: afin d’accélérer la transition vers un système alimentaire durable, les pouvoirs publics peuvent utiliser le levier des marchés publics. Cependant, les collectivités sont encore en général régies par des impératifs financiers tels que le moindre coût prime sur l’objectif d’une alimentation saine fournie dans la cadre d’une commerce équitable local. Dans ce domaine, beaucoup reste à faire, depuis la composition des menus (qui devraient être plus souples pour permettre de prendre en compte les aléas saisonniers) jusqu’à l’organisation des producteurs pour permettre de fournir les quantités voulues par les commanditaires.

Nous pouvons apprendre beaucoup des expériences menées dans les pays du Sud. . Quelques exemples:

 Le préfinancement des agriculteurs qui rentre en ligne de compte dans la composition du prix des produits vendus dans le cadre du commerce équitable sud-nord;

 Les législations qui, comme au Brésil, imposent aux collectivités qu’elles s’approvisionnent chez des agriculteurs locaux.

 Le déploiement de l’agriculture urbaine dans et autour de nombreuses grandes métropoles…

Renseignements:

 Associations 21: antoinette(a)as21.be – tél. 02893.09.40

 Wervel: veerle(a)wervel.be tél 02/893.09.60

Comptes-rendus détaillés des débats du 17 avril 2013

Liste des publications sur l’agriculture et l’alimentation durable sur le site du RABAD.

Cette activité est organisée avec le soutien du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et de Bruxelles Environnement, mais aussi avec le concours de la Région Flamande, de la Région Wallonne et du Service Public Fédéral Développement Durable.
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