Après un premier article le 23 avril dernier, Déconfinement : la société civile demande à être impliquée, c’est le moment de faire le point sur les initiatives des mouvements sociaux et écologiques durant le confinement. Avec un petit coup de projo sur l’international !

Ce que le confinement et le déconfinement font à nos vies

Après avoir demandé (en vain) à ce que la société civile soit entendue par l’Economic Risk Management Group, Associations 21 a rejoint en avril un collectif d’organisations « Pour un plan écologique, social et démocratique », collectif qui a réalisé une première émission colloque, Faites le travail, diffusée le 1er mai 2020. Dans la foulée, d’autres chaloupes thématiques sont lancées en vue de prochaines éditions et ce 18 mai, une enquête a été lancée par le CESEP, le TED-UCLouvain et l’USL-B, en partenariat avec la Fédération des Services Sociaux, CEPAG-FGTB, FEC-CSC, Actrices et acteurs des Temps Présents, POUR, CIEP-MOC BW, Econosphères, Smart, Fédération des maisons médicales, Propage-S, Associations 21, Présence et Action Culturelles et CRIMT-Université de Montréal.

La crise sanitaire et toutes les crises qu’elle entraîne nous forcent à changer certains comportements et à regarder la poussière cachée sous le tapis. Mais qu’est-ce qui a vraiment bougé avec le confinement ? Qui souffre de quoi ? Qui a gagné quoi ? Que voulons-nous garder, ou pas, de cette période inhabituelle ? C’est ce que cette enquête vise à cerner. Il s’agit de définir ce que nous voulons pour l’avenir. Enquête à partager !

Et sur d’autres fronts?

L’aperçu ci-dessous ne se veut pas exhaustif; cette fois différents appels parus dans les médias après le 23 avril 2020 ont été regroupés par thème, et illustrés par les mobilisations du moment, avec un écho de leurs résultats.

Luttes paysannes : ça bouge!

Le 17 avril 2020, journée internationale des luttes paysannes, a été cette année l’occasion d’orchestrer une vaste campagne de courriers aux ministres wallons Borsus, Di Rupo et Tellier. Les échanges qui s’en sont suivis avec ceux-ci ont été rendus publics tant sur le site du Resap (Réseau de Soutien à l’agriculture paysanne, qui organise chaque année les mobilisations du 17 avril) que du mouvement plus structurel Agroecology in Action.

Le 7 mai 2020, le Ministre de l’agriculture Willy Borsus a manifesté son souhait de rencontrer ce mouvement. Les contacts ont également été pris avec le Parlement Wallon. En Région Bruxelloise, le lieu de concertation est le du Conseil Participatif Good Food. Les membres de ces mouvements se concertent avec les auteurs d’autres cartes blanches sur le sujet.

Carte blanche et plan pour la transition

Le 14 mai 2020, de nombreux acteurs sociétaux bruxellois, dont Associations 21, ont appelé à la constitution immédiate d’un Conseil régional de la transition (en RBC). Cet appel est paru en néerlandais dans Bruzz. Ce conseil vise à favoriser la participation d’acteurs collectifs aux processus de décision, via un « conseil d’avis au gouvernement », comme les « conseils économiques et sociaux » aux différents niveaux de pouvoir. Ceux-ci, en général, sont réservés aux partenaires sociaux « traditionnels », et les acteurs de la transition actifs sur le terrain n’y sont pas représentés. L’appel « conseil régional de la transition » vise aussi le  lancement d’un processus participatif et co-construit, avec les citoyens. 

Le 14 mai également, le Resilient Management Group a publié son Plan Sophia, adressé à la Première Ministre Sophie Wilmès. Plusieurs médias en ont fait l’écho : la RTBF, Le Soir… Selon ses auteurs, scientifiques et entrepreneur·e·s de la transition écologique, « La crise économique que nous subissons n’en est qu’à ses débuts. La résilience de l’économie est aussi importante que sa productivité et sa compétitivité. Une transition écologique et sociale permettra d’éviter, de retarder ou d’atténuer les effets des crises futures ». Ce plan est issu de la collaboration de plus de 100 scientifiques et 182 entreprises de la Coalition KAYA. Ensemble, ils proposent plus de 200 mesures réparties dans 15 domaines. L’objectif ? Enclencher immédiatement la transition vers une économie durable, pour éviter de nouvelles crises systémiques qui seraient inévitables si la relance se faisait à l’identique. Illustration sous forme de sketchnote

Soutien aux plus précaires 

Appels à la régularisation des sans papiers…

Le 14 mai 2020, les Actrices et Acteurs des temps présents (ATP) ont publié cette carte blanche : Celles et ceux qui ont traversé la tempête ensemble sont attendus sur la même terre ferme. Déjà le 29 avril 2020, le front commun syndical appelait à régulariser temporairement les sans-papiers. Le 25 avril 2020, la régularisation immédiate de toutes les personnes sans papiers, était revendiquée par La Maison des Migrant⋅e⋅s et le Steki, soutenus par Inter-Environnement Bruxelles.

… Et à soutenir les ménages précarisés par la crise

Le Réseau Wallon pour un accès durable à l’énergie a publié un communiqué : Covid-19: soutenir les ménages dans leur accès à l’énergie : une responsabilité de tous.tes. L’urgence d’une vie digne pendant et après la crise. Certes, la Wallonie a déjà pris des mesures pour empêcher les coupures durant le confinement. Cependant, celui-ci a duré plus de 2 mois et est encore le lot quotidien de nombreux ménages pour un certain temps. « Un grand nombre de personnes subissent encore une perte de revenus sèche. Beaucoup d’autres, qui vivaient déjà avec peu de ressources, voient notamment leurs factures de gaz et d’électricité augmenter, puisqu’elles sont chez elles en permanence. Le paiement de ces factures va constituer un élément important dans les mois qui viennent. La question de la gestion de la dette ne doit jamais occulter l’enjeu fondamental du maintien de l’accès à l’énergie de ces ménages. Nous constatons que, jusqu’ici en Wallonie, cela a pourtant été le cas, depuis la généralisation du système des compteurs à budget »…

En Région de Bruxelles-Capitale, le Centre d’Appui aux Services de Médiation de Dettes participe aux réunions de la task force « Urgence sociale » avec des notes de travail :

Le secteur culturel durement touché

On le sait, les artistes paient un lourd tribut au coronavirus. Durant la semaine du 11 au 15 mai 2020, différents collectifs d’artistes sont sortis du bois, notamment, Le collectif No Culture no future qui regroupe différentes fédérations du secteur culturel, pour la défense des travailleurs durant cette année si catastrophique pour eux, sachant que 2/3 d’entre eux n’ont accès à aucune protection.

D’où l’intérêt de cette autre initiative du Collectif des Artistes Affilié·e·s, avec leur vidéo Affiliez-vous, et leur liste des fédérations et autres groupements par discipline. Pas facile pour ces 82 fédérations de parler d’une seule voix : elles ont des intérêts communs mais aussi des intérêts divergents. Et les patrons du secteurs constatent qu’ils connaissent mieux les travailleurs que les syndicats, qui ne pensent pas l’intermittence… Heureusement, ce secteur rencontre de nombreuses marques de solidarité, comme en atteste ce Manifeste pour soutenir les travailleurs et travailleuses de la culture.

Sur le front de la santé publique mondiale

Le 4 mai 2020, ATTAC France a relayé en français cet appel de nombreuses organisations telles que Public Citizen : Garantir l’accès mondial, l’innovation et la coopération sur les biens médicaux. Appel cosigné notamment par  Médecins du Monde, Médecins sans Frontières et Oxfam. La COVID-19 n’a ni nation ni ethnie. Si le suivi de la pandémie n’est pas assuré dans un pays, elle s’accélérera au-delà des frontières de ce pays, au risque d’accabler la capacité de réaction du monde entier. 4 revendications : innovation pour tou.te.s, accès pour tou.te.s, solidarité et coopération mondiale, bonne gouvernance et transparence.

En Belgique, ce 17 mai 2020, plusieurs ONG en rajoutent une couche, à la veille d’une réunion (virtuelle) de l’OMS: Forcer une licence publique pour le vaccin contre le coronavirus ? « Le seul moyen de vaincre le coronavirus » et l’OMC a le pouvoir de le faire ! Les cosignataires : Les associations signataires sont Sol Soc ONG, Street Workers Network, WSM, Le Monde des Femmes, Handicap International – Humanity&Inclusion, 11.11.11, FGTB-ABVV, CM, Médecins du Monde, Oxfam in België, FOS, CNCD-11.11.11 et Entraide&Fraternité.

La gouvernance d’entreprise vaut bien une internationale académique

Ce 16 mai 2020, 3114 académiques de 600 universités du monde entier ont publié dans 30 journaux de 23 pays ce manifeste :  Travail : Démocratiser. Démarchandiser. Dépolluer. Avec, parmi les locomotives de ce mouvement, Isabelle Ferreras, professeure de sociologie à l’UCLouvain, dont nous avons fait la connaissance pour la préparation de l’émission-colloque du 1er mai 2020 « Faites le travail ». On peut l’entendre également dans le Grand Oral (RTBF) ce 17 mai 2020. « C’est en démocratisant l’entreprise et en démarchandisant le travail que nous pourrons être en mesure de dépolluer la planète (…) Il faudra bien sûr, également, aplatir la courbe des rémunérations » : bonne idée, celle des profits également ! Comme le chante la chorale confinée Brecht & Eisler Koor : flatten that curve of profit !

France : mobilisations en ligne et sur le terrain

Le 27 mars 2020, 16 organisations publiaient une tribune « Plus jamais ça !« , assortie d’une pétition, diffusée notamment par Mediapart qui booste cette campagne avec cette vidéo très stimulante : « nous sommes prêts pour le monde d’après, tout est dans nos programmes depuis 20 ans ! »

Toujours en France, de joyeux faucheurs ont été manifester le 15 mai contre un établissement de Monsanto pour dénoncer les cultures OGM qui vont de pair avec les biocides. HK en était et a poussé la chansonnette pour l’occasion! Il faut savoir qu’en France, sur 10 ans, les ventes d’insecticides ont augmenté de 350 %, les fongicides de + 41 %, les herbicides de + 23 % et la vente de glyphosate de +25%. Et ce, malgré les promesses & plans gouvernementaux (Emmanuel Macron s’était engagé à sortir du glyphosate en trois ans et à l’interdire en 2021)…

Conclusion : aux confins, ça mijote !

Comme le souligne Mycelium, un réseau souterrain qui nous aide à fructifier en surface, « un tel confinement met à l’épreuve les mouvements sociaux du fait de nombreuses situations d’urgence à traiter (pour les syndicats, les services sociaux, les collectifs autonomes de solidarités,…) et du fait de la difficulté de se réunir et de s’organiser ».

Cependant, les organisations de la société civile sont endurantes, du moins tant qu’elles ne sont pas à sec financièrement car certaines, déjà fragilisées avant la pandémie, ont encore plus de difficultés à présent à obtenir des confirmations de subsides, quand il ne leur faut pas « se couler » dans des appels à projets remplaçant les financements structurels, qui garantissent mieux un fonctionnement pérenne.

Dans ce contexte, Mycelium suggère à ces organisations de :

  • Penser le pendant de la pandémie comme préfiguration de l’après, et à partir des fragilités et des vulnérabilités de nos sociétés : nos propres fragilités devraient nous y aider…
  • Porter d’autres récits durant et après la pandémie : porter un discours proactif et pas réactif sur la réorientation vers des sociétés post-croissance et tournées vers le soin, revendiquer une démocratie plus vivante et pas confinée…
  • Revendiquer un redéploiement vers des sociétés du soin, de la justice et de la résilience : Anticiper la conjonction d’une telle crise avec d’autres risques systémiques, tels que de potentielles crises alimentaires…

Avec les moyens du bord, et beaucoup (trop à leur goût) par écran interposé, les associations et les collectifs citoyens débattent de ces orientations tout en poursuivant leurs missions, et se solidarisent face aux urgences… En imaginant des manifestations originales, comme ce kayakeur du bois de la Cambre à Bruxelles!