Quelques réflexions sur la question des réfugiés

refugeeswelcomel.jpg Nombre d’entre nous sont au moins passés ou ont consacré du temps comme bénévoles au parc Maximilien de Bruxelles. Nous nous sommes retrouvés nombreux à la manifestation du 27 septembre, « Welcome refugees », qui a rassemblé quelques 20.000 personnes. C’est pourquoi nous avons été touchés par la lecture du communiqué de la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés qui annonce la fermeture du camp, « refusant d’être l’alibi du gouvernement ».

Tout en saluant la formidable mobilisation citoyenne du parc Maximilien, nous rendons ici hommage aux ONG de première ligne dans l’accueil des réfugiés, via cette tribune offerte à Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde, une ONG avec laquelle on aurait beaucoup à partager sur l’objectif 3 de l’agenda 2030 des Nations Unies, la santé (quand vous aurez le temps, « entre l’urgence et le développement durable »!)

Quelques réflexions sur la question des réfugiés

Pierre Verbeeren

A. La crise en Belgique
1. La Belgique ne connaît pas de crise des réfugiés, à l’inverse de ce que traversent la Grèce, l’Italie, la Hongrie, l’Allemagne…
2. Le Parc Maximilien est un construit politique facilement assimilable par le système. Les Allemands et les Hollandais par exemple ont géré les inscriptions et l’accueil de masses significativement plus importantes sans mettre des centaines de personnes à la rue.
3. Ces deux affirmations sont en fait des constats : Munich / pic de 6.000 arrivées et inscription en une journée. Lesbos / arrivées et inscriptions quotidiennes de 2.000 personnes. Calais / 3.500 personnes mal gérées par les autorités françaises… Nous pouvons comparer, étudier, expliquer.
4. A court terme, l’enjeu en Belgique est simple : entendre les demandes d’asile plus rapidement et assurer un accueil digne c’est-à-dire répondant aux normes minimales du HCR.
5. Le gouvernement a avancé dans cette direction comme un crabe : en marche arrière. Par une succession de concessions. L’humanité dont se réclame le gouvernement est un humanisme de concession.
6. Les solutions définies aujourd’hui par le gouvernement correspondent point par point à ce qui lui était demandé il y a exactement un mois et dix jours. A l’époque, la demande était jugée fantaisiste.

B. La crise en Europe
1. L’Europe est secouée par une crise annoncée, prévue et en tout cas prévisible. Pourquoi la crise advient-elle aujourd’hui ? Parce que tous les tampons sont pleins : le Liban accueille 1,5 millions de réfugiés syriens, la Turquie en accueille près de 2 millions, la Jordanie un peu moins. C’est plus que le maximum. En Libye qui constituait encore un bassin d’orage, le modus operandi des trafiquants s’est accéléré et a plongé dans une telle horreur que les migrants fuient, paient et partent le plus vite possible. Le bassin d’orage de la Libye s’est transformé en torrent. Les Irakiens qui vivent une guerre (puis une quasi-guerre) depuis 1991 ont compris qu’une fenêtre s’ouvre pour quitter leur enfer et s’engouffrent dans cette fenêtre, médiatique d’abord, physique ensuite.
2. De par le monde, il n’y a jamais eu autant de migrants qu’en 2014. On le savait donc et le HCR avait déjà déclaré que 2015 serait plus imposant encore. Il convient de regarder le nombre de conflits armés qui continue à trouver autour des 30-35 et de voir le nombre de guerres passer de 7 à 11 en 2014.
3. L’Europe avait deux tampons qu’elle a regardés et méprisés : l’Italie d’abord, la Grèce ensuite. Ces deux tampons sont eux aussi pleins.
4. Si la Belgique avait un peu regardé, elle n’aurait pas fermé des milliers de place d’accueil l’an dernier.
C. Que nous apprend cette crise (et que nous savions probablement déjà) ?
1. Qu’il faut changer de paradigme : la question qui s’est posée ces 30 dernières années est celle de la qualité de l’accueil et de la qualité de l’accompagnement. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment préserver la qualité et faisant de la quantité.
2. Nous sommes dans un monde où le précaire et le migrant deviennent des quantités importantes. Nous partageons tellement mal les richesses que nous produisons de plus en plus de pauvres en Europe qui ont des besoins assez similaires à ceux des migrants : Il leur faut un logement, un emploi, une école, des soins de santé…
3. Là où certains vont opposer les précaires aux migrants, nous devons être en capacité de relancer la solidarité ET pour les précaires ET pour les migrants. Nous devons reconstruire des droits là où d’autres tentent de déréguler… Sinon, nous serons dans le cirque à nous battre entre exclus devant un aréopage de privilégiés qui jouiront de nous faire travailler, pauvres ou migrants, pour un moindre salaire, qui nous concèderont des soins lorsque nous avons besoin d’être remis sur pied pour bosser mais pas pour alléger nos vieux jours…
4. L’enjeu est donc quantitatif : Nous devons construire et créer des dizaines de milliers de logements à des prix abordables. Nous devons créer de l’emploi en masse. Nous devons avoir des écoles capables de recevoir à tout moment le monde en classe. Nous devons faire de l’apprentissage des langues un sport national…
5. Si nous parvenons à donner des droits aux migrants, nous rassurerons tous ceux qui ont – à raison – peur pour leur avenir. Si nous ratons la solidarité avec les migrants, les prochains qui ne seront pas ratés seront ceux qui ont – à raison peur pour leur avenir.
6. Je crois que le message de solidarité des opinions publiques européennes porte précisément là-dessus : les précaires se solidarisent aux migrants et ouvrent un champ de redéploiement possible des droits là où ces 10 dernières années on ne parle plus que de devoirs.

By |2017-11-03T20:58:24+00:00octobre 1st, 2015|Categories: On y était !|0 Comments

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