SDGs en Belgique: rapportage et actions futures

Le 22 novembre 2017, les ministres de la conférence interministérielle du développement durable (CIMDD) invitaient les parties prenantes à une journée de réflexion collective sur le suivi de la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD – SDGs en anglais), après la présentation à New-York cet été d’un premier rapportage national volontaire.

Au-delà, la mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030 nous concerne tous : pouvoirs publics, secteur privé, milieu associatif et monde académique et citoyens intéressés. Comment pouvons-nous mettre nos efforts en commun pour progresser ensemble et atteindre des objectifs de développement durable ?

Après une allocution d’ouverture par le Ministre-Président de la Flandre Geert Bourgeois, actuel Président de la CIMDD, le cadre des débats a été planté par Olivier De Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation et membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU.

Olivier De Schutter a articulé son exposé autour de trois questions

  1. Qu’y a-t-il de neuf avec les ODD par rapport aux OMD ?

ODD10, Réduction des inégalités au sein et entre les pays : cependant les inégalités augmentent dans la plupart des pays de l’OCDE depuis le début des années 90. La Belgique est l’une des rares exceptions. A l’échelle mondiale, les 20% les plus riches gagnent plus de 70% de la richesse totale.

Impacts de ces inégalités :

  • Il faut plus de croissance pour réduire la pauvreté.
  • Il y a une concurrence entre la satisfaction des besoins de base et la satisfaction des désirs superflus : les ressources étant allouées en fonction du pouvoir d’achat.
  • C’est la course à la consommation pour rattraper les plus riches.
  • Les inégalités rendent la transformation sociale plus difficile à réaliser. C’est l’ »économie des rentiers » : les plus riches accaparent le pouvoir.

ODD11, Rendre les villes plus durables et résilientes :

ODD12, Consommation et modes de production plus durables :

  • Rien ne sera réalisé si nous n’impliquons pas les citoyens pour adopter des modes de consommation et de production plus durables.
  • L’efficacité énergétique s’améliore mais la consommation d’énergie augmente en même temps, c’est l’ »effet rebond ».

Malgré une croissance moins intensive en carbone, les émissions de CO2 continuent d’augmenter (la population augmente, les revenus augmentent).Il faut donc aborder la croissance de la population et les modes de consommation : impact écologique = population*revenu*comportement*technologie.

ODD 16 : Promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives

2. Ensuite, pourquoi la transition vers plus de durabilité est-elle si difficile ?

Le système est très résilient. Toutes les composantes sociétales se soutiennent mutuellement :

  • Des choix sociotechniques favorisent la standardisation et les économies d’échelle qui permettent à la majorité de la population d’avoir accès aux biens et services
  • Il y a des positions économiques dominantes et la richesse est concentrée entre les mains de quelques acteurs économiques (d’où la croissance des inégalités).
  • Les styles de vie basés sur le temps, l’espace et les rôles en fonction du genre, exigent un grand confort.
  • Les acteurs économiques les plus puissants capturent le système de prise de décision politique. Une gouvernance très concentrée est plus facile à capturer.
  • Enfin, quelles réformes de la gouvernance sont nécessaires ?

3. Comment pouvons-nous changer ?

Il faut une approche holistique de la société. 3 axes :

  1. Rendre la compétition verte : aligner les incitants économiques sur les externalités à internaliser ces externalités et récompenser les externalités positives.
  2. Société énergétique : toute l’énergie citoyenne devrait être considérée comme une énergie sur laquelle gouvernement et entreprises peuvent s’appuyer.
  3. Gouvernance partenaire : nécessité d’une coordination horizontale et verticale pour faire bouger la société dans son ensemble: de ce point de vue, la Belgique est un cauchemar…

Cf Rapport 2017 de l’OCDE sur la cohérence des politiques pour le développement durable : éradiquer la pauvreté et promouvoir la prospérité.

Approche holistique de la société : nous avons aujourd’hui un ensemble impressionnant d’initiatives citoyennes. C’est un défi très important d’utiliser cet atout. Si ces initiatives n’ont pas le soutien du gouvernement et des entreprises, elles mourront après quelques années. Ex : le travail de Michel Bauwens sur les commons à Gent https://www.commons.gent/.

Des nouvelles du processus à l’échelle internationale

Barbara Pesce-Monteiro, représentante des Nations-Unies à Bruxelles, a ensuite annoncé que 45 pays ont présenté leur National Voluntary Review cette année, dont beaucoup du sud qui demandent de l’aide à l’ONU. Ainsi, la Colombie a intégré les 17 ODD dans ses accords de paix avec la guérilla.

Le monitoring des progrès dans chaque pays est un enjeu important. Il soulève des questions statistiques, d’allocations du secteur privé, d’implication des différentes communautés et acteurs sociétaux :  gouvernements locaux, médias, scientifiques, société civile, sans oublier les Parlements ! L’enjeu n’est pas que technique, il est surtout politique. C’est un nouveau paradigme, y compris dans l’implication de toutes les parties, amenées à penser « out of the box ».

Les acteurs du secteur privé sont appelés à transformer leur business propre mais aussi, les pays du sud ont besoin de financements massifs, y compris via la fiscalité. Or les entreprises ne paient pas toujours d’impôts dans les pays où elles interviennent. La Belgique a signé la charte des ODD qui implique le secteur privé. Donc les entreprises belges sont engagées. Elles sont dans le Global compact mais on attend plus d’elles. Bref, on marche mais il faut à présent courir !

Panel des ministres du développement durable

Après une intervention du représentant de la Région Germanophone, la Ministre fédérale Marie-Christine Marghem a présenté le site www.sdgs.be qui se veut participatif, les SDG Voices et l’intégration des ODD dans les travaux existants : IFDD, CIDD, Bureau du Plan, CFDD. Une méthodologie a été développée pour permettre au SPF d’intégrer les ODD et leur monitoring. Une étude a permis de dresser un état des lieux de ce qu’il reste à faire au niveau fédéral pour atteindre les ODD.  Sur base de cette « GAP Analysis », elle va relancer ses collègues ministres du gouvernement fédéral.

La Ministre Bruxelloise Céline Frémault a évoqué les travaux de la Région de Bruxelles Capitale en matière d’économie circulaire et d’alimentation durable. Quant au plan Air-climat-énergie, il reste 24 mesures de ce plan à initier. En la matière, le grand défi de Bruxelles, c’est la qualité de l’air, et donc la mobilité, liée à la fiscalité. A partir du 1er janvier 2018, Bruxelles sera une zone de basse émission. L’éducation est également au cœur des politiques de développement durable de la RBC, avec le Réseau des écoles Bubble, le label Eco-schools et le centre d’exposition permanent du BEL qui présentera bientôt 8 ODD aux écoles bruxelloises. Enfin, le programme « Inspirons le quartier » s’inscrit dans l’ODD16.

Michel Amand, qui représentait le Ministre Di Antonio pour la Wallonie, a rappelé que la Stratégie wallonne de Développement Durable intègre les ODD. Elle constitue une étape vers 2030. Dans chaque note ministérielle, les ministres wallons doivent préciser à quel ODD ils se réfèrent, idem pour chaque mesure du plan d’action. Au total le gouvernement wallon compte une bonne soixantaine de plans et programmes, qui contribuent aux ODD : qu’il s’agisse d’aménagement du territoire, du plan Air-climat-énergie, du Plan de Lutte contre la Pauvreté, du Plan Marshall, du Programme d’Action Environnement-Santé, du Plan de Transition Ecologique…

En matière de rapportage, le premier rapport de mise en oeuvre des ODD en Wallonie a été versé dans la National Voluntary Review. Rappelons qu’Associations 21 et Inter-Environnement Wallonie ont contribué à ce rapport, en y présentant les bonnes pratiques de 10 organisations de la société civile.

Enfin, Michel Amand a évoqué les appels lancés dans le cadre de Wallonie Demain pour soutenir des actions innovantes, très concrètes. Le succès de ces appels est révélateur de ce mouvement de fond que constitue cet engagement citoyen, qui contribue à la réalisation de l’Agenda 2030 ici et ailleurs.

Quelques questions ont permis de mettre le doigt sur des points névralgiques

  1. Les avantages fiscaux pour les voitures de société ? C’est clair que c’est une catastrophe, répond Sophie Sokolowski au nom de la ministre Marghem. C’est clair aussi qu’on ne pourra pas changer cela d’un coup. La question est débattue et évolue. Le transport est dans le Pacte énergétique et donc reviendra vite sur le tapis. Pour moins de voitures il faut aussi plus de transports en commun…
  2. Brigitte Gloire d’Oxfam demande que l’agenda des SDGs soit le plus transformatif possible. Pour éviter les incohérences en Belgique, préjudiciables aux pays en développement, il y a le stress test ou analyse d’impact des mesures envisagées, sur le développement durable, c’est donc une évaluation ex ante. Cet outil existait avant. N’est-il pas temps de le réintroduire dans les gouvernements ?
  3. Cécile de Schoutheete d’IEW demande quant à elle quelle suite va être donnée à la « GAP analysis ». Les Régions procéderont-elles au même exercice ? Sophie Sokolowski assure que la Ministre va relancer ses collègues sur cette base. Les résultats seront débattus au sein de la CIMDD.

Après le lunch, des tables rondes ont permis l’échange autour de questions transversales relatives au suivi et à la mise en œuvre des ODD. Documents introductifs :

  1. Comment assurer la cohérence des politiques pour le développement durable?
  2. Quels indicateurs de suivi des SDGs?
  3. Quels processus de rapportage de la mise en oeuvre des SDGs?
  4. Comment mobiliser tous les acteurs autour de la mise en oeuvre des SDGs?
  5. Comment déterminer les priorités d’action pour la mise en œuvre des SDGs?
  6. Séance d’information: introduction générale sur les SDGs
  7. Séance d’information : Comment mon organisation peut-elle contribuer à la mise en œuvre des SDGs?

Conclusion: « yes we can », mais organisons-nous!

Après des feed-back de ces ateliers et un panel de la société civile, les conclusions ont été apportées par Jean-Pascal van Ypersele, membre du groupe de 15 experts internationaux de l’ONU chargé de rédiger le Global Sustainable Development Report :

  • Nous sommes bien d’accord sur l’urgence de changer : le défi est gigantesque. Il faut transformer le monde (ce que dit aussi l’Agenda 2030).
  • Rencontrer ce défi ouvre de nombreuses opportunités et l s’agit de faire d’une pierre plusieurs coups plutôt que de travailler en silos.
  • La fondation de toute action doit être solide, basée sur des analyses scientifiques, y compris en sciences sociales. La recherche fondamentale en DD est essentielle et sous-financée ! Au niveau fédéral en particulier.
  • L’humanité est au cœur des ODD, sa survie dépend des écosystèmes.
  • Cependant, nous sommes sur une trajectoire de collision : il est question d’effondrement. Au-delà des petits ajustements nécessaires, il s’agit de transformer radicalement les schémas de production et de consommation, sans oublier la dimension culturelle.
  • Les entreprises font partie du problème mais doivent aussi faire partie de la solution.
  • Si la transition est juste, beaucoup de problèmes seront évités.
  • Les plans sont nécessaires et utiles. Leur préparation doit être aussi inclusive que possible. Pour consulter tout le monde, il faut l’organiser structurellement.
  • Cependant les plans ne suffisent pas : on l’a encore vu au buffet du midi avec les excédents qui termineront à la poubelle… Des actions concrètes doivent être menées sans délai pour éviter de telles gabegies.
  • En matière de rapportage, le partage des responsabilités n’est pas encore très clair…

Bref, les responsables politiques doivent faciliter les changements de mode de vie, ex en matière de transports en commun.

L’ambition est de loin trop faible en général. Celle des ODD est forte : « éradiquer la pauvreté », c’est radical. La Belgique s’est engagée mais on n’est pas à la hauteur.

De même pour les flux financiers : pour rappel il y a 3 objectifs ds l’accord de Paris : limiter la hausse des températures, s’adapter et aider les pays menacés à s’adapter aux changements clim inévitables, et enfin faire en sorte que les flux financiers soient compatibles avec les 2 1ers objectifs.

Pour remonter le moral des troupes, van Ypersele termine avec ce proverbe bouddhistte : « courage is the gateway to happiness », le courage est la porte du bonheur ! Et enfin, citant Obama : « yes we can », mais pour pouvoir il faut s’organiser mieux ! Ses slides sont disponibles sur www.climate.be/vanyp.

Sur base des notes de Cécile de Schoutheete et d’Antoinette Brouyaux

By | 2017-12-05T15:59:18+00:00 décembre 5th, 2017|Categories: On y était !, Sur l'Agenda 2030|0 Comments

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